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Les substances psychédéliques : nouvelle drogue médicale ?
Les substances psychédéliques sont une classe de substances psychoactives qui ont une influence sur le système nerveux. Autrement dit, ce sont des drogues. Depuis 1966, elles ont été déclarées illégales dans la plupart des pays du monde, non pas à cause de dangers d’addictions, car au contraire, cette substance est utilisée en pharmacologie pour soigner les comportements addictifs, mais plutôt à cause de l’impact psychologique important de celles-ci. Si elles ont longtemps été considérées comme très dangereuses, depuis quelques années maintenant, des recherches scientifiques se multiplient à propos de l’usage à fin thérapeutique de ces substances. Elles représentent une voie de traitement aux troubles mentaux comme la dépression ou encore les troubles obsessionnels compulsifs. Ainsi, une association de chercheurs, médecins et psychiatres fut constituée en 1986, l’Association Multidisciplinaire pour l’étude des Psychédélique (MAPS) afin de pouvoir prescrire une utilisation prudente des psychédéliques aux patients nécessitant un nouveau traitement efficace.
La popularisation des psychédéliques dans un mouvement de contre-culture
Le début des années 1960 aux années 1970 aux États-Unis, est marqué par des mouvements « hippie ». Des contestations de la guerre de Vietnam, du mercantilisme et les normes sociétales s’accompagnent de l’envie de vivre une vie plus paisible (« Peace and Love »). C’est là que les substances psychédéliques font leur apparition. Elles furent à l’époque, partie intégrante du mouvement de contre-culture, en procurant l’expérience d’euphorie recherché par les revendicateurs.
Albert Hoffmann fait partie des scientifiques ayant synthétisé ces molécules. Ce chimiste suisse synthétisé en 1938, le LSD (acide lysergique diéthylamide) au cours de recherches sur l’ergot de seigle qu’il entreprit dans le but de développer un stimulant circulatoire. Il introduit ensuite l’usage d’autres substances psychotropes telles que la psilocybine provenant de champignons hallucinogènes. Il supportait dès le début leurs usages à fins thérapeutiques et s’opposait aux conceptions de Timothy Leary qui encourage récréative des psychédéliques (expérience mystique ressenti sous l’emprise du LSD).
Timothy Leary est un psychologue américain et docteur à l’université faisant partie des raisons pour lesquelles les psychédéliques ont été rendues illégales en 1966. Selon certaines sources, la principale raison de l’interdiction des psychédéliques est certainement politique. Le gouvernement avait désigné le LSD comme responsable du chaos qui régnait au États-Unis, en relation avec les manifestations estudiantines contre la guerre du Vietnam, l’opposition au système consumériste omniprésent et la lutte des Noirs pour l’égalité des droits civiques. Les psychédéliques auraient alors participé à déstabiliser l’ordre de la société.
En effet, il découvre l’effet sur la conscience humaine de ces substances en consommant des champignons hallucinogènes contenant de la psilocybine, pour la première fois au Mexique. Il crée plus tard un département de recherche sur les psychédéliques à Harvard et dans l’optique de changer la mentalité de la société américaine, encourage leur consommation. Malgré son renvoie de Harvard en 1963, il continue ses expériences et reste une figure emblématique des débats de presses de cette drogue. Ses dérapages médiatiques provoquent l’interdiction des psychédéliques en 1966, date à partir de laquelle il est surveillé par la FBI et mis en prison à plusieurs reprises.
Pourtant, la CIA continue à utiliser les drogues psychédéliques (LSD) sur des sujets non consentants pour développer des techniques de contrôle mental ou des sérums de vérité. Ces expériences ont été affichées dans la presse dès 1974. Évènement qui pousse la juridiction à surveiller de près ses usages.
Aldous Huxley relate dans son œuvre Les portes de la perception (1954), sa première expérience, sous la supervision d’un psychiatre, d’ingestion d’une substance psychédélique, la Mescaline. Son œuvre témoigne des nouvelles dimensions de l’esprit et de la perception découverte par la consommation de cette substance dont l’appellation “psychédélique” signifiant littéralement “qui révèle l’âme” est popularisée par la publication de l’œuvre. Son œuvre a inspiré de nombreux artistes, musiciens et penseurs de la contre-culture, contribuant à façonner le mouvement psychédélique. Le groupe de rock “The Doors” a même tiré son nom de “Les Portes de la perception”
La folie et le psychédélisme
La philosophie et la science humaine associent l’expérience psychédélique à la folie, par l’altération irrationnelle de la conscience qu’elles provoquent. Dans Histoire de la folie à l’âge classique (1961), Michel Foucault compare l’expérience psychédélique, miroir du réel où les frontières entre le moi et le monde se dissolvent, à la folie. Stanislav Grof, pionnier de la psychothérapie psychédélique, affirme que les substances psychédéliques dévoilent des niveaux de conscience inaccessibles en temps normal. Elles ouvrent sur un univers symbolique, spirituel et archétypal, au-delà de la rationalité. Les études en neuroscience des psychédéliques expliquent qu’elles activent les récepteurs de sérotonine, notamment le 5-HT2A. Cela entraîne une désorganisation des réseaux neuronaux et réduit l’activité du Default Mode Network, favorisant des expériences d’unité, de dissolution de l’ego et de visions. Des connexions inhabituelles entre de nouvelles zones du cerveau se forment alors, expliquant l’expérience mystique vécue. Elles attireraient les émotions, ce qui se rappelle les symptômes de la folie (ligne entre le réel et l’imaginaire brouillée)
Les substances psychédéliques, c’est quoi ?
Les psychédéliques appartiennent à une classe de substance psychoactive qui modifient le fonctionnement du système nerveux. Elles peuvent provoquer des hallucinations, d’où leur appellation « Hallucinogène ». Elles sont catégorisées en 4 classes : les lysergamides (LSD), les tryptamines (psilocybine), les phénéthylamines (mescaline) et les cannabinoïdes (THC).
Certaines sont naturellement présentes dans les arbres, les feuilles, les lianes, champignons ou graines, d’autres synthétisés en laboratoire.
Types des psychédéliques
Mis à part la LSD et la psilocybine, les drogues hallucinogènes phares, il existe plusieurs autres types de substances psychédéliques.
Le LSD : Cette substance de la classe des lysergamides est la plus étudiée des psychédéliques Elle a été synthétisée par Albert Hoffman à partir de l’ergot du seigle (Claviceps purpurea), un champignon qui affecte le seigle ou le blé. Les études de cette molécule ont éveillé l’intérêt de la CIA dans le contexte de la guerre psychologique et ont révélé ses vertus thérapeutiques dans le traitement de l’alcoolisme et des maladies mentales chroniques et pour aider les patients en phase terminale à accepter la mort. Elles sont aujourd’hui utilisées en psychiatrie pour traiter la dépression sévère.
La psilocybine : substance naturelle composant environ 200 champignons hallucinogènes. On retrouve la Psilocybe cubensis, la Psilocybe cyanescens ou encore la Psilocybe azurescens. Après ingestion, la psilocybine est métabolisée par l’organisme en psilocine, une substance chimique qui agit sur les récepteurs de la sérotonine dans le cerveau. Les lois concernant les champignons hallucinogènes varient d’un endroit à l’autre, allant de leur interdiction totale à leur usage réglementé.
La mescaline : La mescaline, un hallucinogène naturel connu depuis l’Antiquité, était non seulement le favori des artistes et des bohémiens, mais aussi un pilier de la recherche sur le cerveau pendant toute la première moitié du XXe siècle, jusqu’à ce qu’elle soit détrônée dans les années 1950 par le LSD synthétique, beaucoup plus puissant. Aujourd’hui, la mescaline est reconsidérée dans l’optique de thérapies potentielles pour les troubles psychiatriques. Extraite du peyotl mexicain et du cactus San Pedro, ses effets sont similaires au LSD. Elle a été utilisée dans de nombreux rites religieux depuis sa synthèse par Arthur Hefter en 1897.
« Crapaud » : Cette substance psychédélique, consommé en poudre ou vaporisée à des fins rituels, est une drogue puissante dont les effets sont observables en environ 30 minutes. Elle provient de plantes d’Amérique du Sud et de venins de crapaud du désert (Incilius alvarius). La 5-MeO-DMT est tellement puissante que certains l’appellent « le gène de Dieu » de l’éveil. D’autres décrivent cette expérience comme un « voyage dans le vide à bord d’une fusée » ou comme l’expérience la plus effrayante qu’ils aient jamais vécue. Selon un article publié par le quotidien américain The New York Times en mars 2022, toute une industrie du crapaud du désert de Sonora s’est développée. Son venin serait exploité à des fins thérapeutiques, récréatives ou spirituelles, certains n’hésitent pas à vanter ses effets prétendus « contre les troubles mentaux et la toxicomanie »
La DMT : La DMT provoque des modifications de la perception sensorielle. Agoniste des récepteurs à la sérotonine, son profil pharmacologique se distingue notamment par une action rapide et de courte durée. Son usage est illustré par l’ayahuasca, une boisson traditionnelle d’Amérique du sud. La DMT serait associée à la régulation de mécanismes physiopathologiques comme la protection cellulaire ou la modulation des réponses immunitaires et inflammatoires. Son utilisation en thérapeutique serait envisageable en psychiatrie comme antidépresseur ou anxiolytique dans le cadre de psychothérapie.
Effet des psychédéliques
Les psychédéliques sont des substances qui produisent un effet similaire aux autres drogues : une perte de repère, une modification de l’état d’esprit, une euphorie folle. Ses abus peuvent entraîner des conséquences graves sur le plan psychologique. C’est une des raisons qui expliquent son interdiction, comme toutes les autres drogues. Il est toutefois intéressant de s’attarder sur ses effets sur le consommateur afin de comprendre plus tard, les enjeux de son introduction dans les traitements psychiatriques.
L’influence des psychédéliques sur le consommateur diffère selon la taille, poids et santé, que la personne ait l'habitude de prendre, si d'autres médicaments sont pris à peu près en même temps, le montant pris et surtout d’environnement (où le médicament est pris). En effet, l’effet des psychédéliques dépend beaucoup de la disposition mentale individuelle et du contexte d’usage : c’est le set & settings. Si le consommateur est entouré d’éléments le rendant anxieux, l’expérience vécu pourrait être négative, voire catastrophique avec des hallucinations traumatisantes poussant au suicide. Au contraire, être dans un bon état d'esprit, entouré d'amis de confiance et dans un environnement sûr avant de prendre des psychédéliques réduit le risque de faire un mauvais trip.
Bien qu’il existe plusieurs types de psychédéliques, les effets sont similaires :
Voir et entendre des choses qui n'existent pas
Confusion et difficultés de concentration
Vertiges
Vision floue
Maladresse
Rythme cardiaque rapide ou irrégulier
Respiration rapide
Vomissement
Transpiration et frissons
Engourdissement.
Sentiments d'euphorie
Sensation de détente et de bien-être
Des « mauvais trip », c’est-à-dire une panique démesurée suite à la prise de la substance ainsi que des épisodes de « Flashback » qui ressassent l’expérience vécue, des jours après la consommation, pouvant engendrer une anxiété accrue, sont provoquées avec la prise de psychédélique.
Si l’on analysait de près les effets sur le cerveau, la plupart des molécules auraient une affinité avec les récepteurs sérotoninergiques de la dite hormone du plaisir « sérotonine » (neurotransmetteur). En plus, elle réduirait l’activité d’une zone du cerveau appelé « le réseau du mode par défaut » (MDP), un ensemble de régions cérébrales actives lorsque le cerveau est au repos, non focalisé sur le monde extérieur, propice à l'introspection, au vagabondage mental, à la mémoire et aux émotions. Il se désactive lors de tâches attentionnelles. La réduction de l’activité de cette région aurait diverses conséquences :
- Disparition transitoire de l’ego et une disparition des frontières entre le sujet et son environnement ce qui explique l’expérience mystique : Une expérience mystique est un état de conscience altéré, souvent soudain et intense, caractérisé par une sensation d'union directe avec le divin, l'absolu ou une réalité transcendante. Elle se distingue par son ineffabilité (impossible à décrire) et sa qualité noétique (connaissance intime révélée), transformant profondément la vision du monde de l'individu, vécue par les consommateurs de psychédéliques.
- La magnétoencéphalographie a pu démontrer une multiplication du nombre total de connexions cérébrales actives, créant ainsi des liens entre différentes régions du cerveau qui ne communiquent pas entre elles habituellement. On parle d’augmentation de flexibilité mentale, autrement dit, de la plasticité cérébrale. Cela justifierait les dires selon laquelle la consommation de substances psychédéliques ouvre l’esprit sur de nouvelles perspectives.
Un regain d’intérêt thérapeutique pour ces substances
Ces substances, longtemps vu comme rien d’autres que des drogues causant la folie, renaissent dans la société, cette fois-ci sur la scène médicale. Depuis le début du XXIe siècle : une nouvelle ère des psychédélique est introduite. De nombreuses études ont révélé l’efficacité de ces molécules dans le traitement de troubles obsessionnelles compulsifs (voir Buot, A. et al. (2023)) ou encore de la dépression ((voir les études de Raison CL et al. (2023) et Meikle SE et al. (2020)). En effet, durant les 15 dernières années le nombre d’études scientifiques, incluant des essais randomisés contrôlés, a augmenté de manière exponentielle. L’Agence européenne du Médicament propose une révision de la Convention des Nations Unies sur les substances psychotropes, qui régule les substances considérées comme ayant des propriétés addictives, présentant un risque sérieux d’abus, et n’ayant pas d’utilisation médicale acceptée. Il a été prouvé que les substances psychédéliques ont une faible toxicité et ne présentent pas de risques d’addiction. Un usage surveillé par des professionnels médicaux pourrait être envisagé en toute sécurité. Ainsi, en France, par exemple, les psychiatres sont désormais autorisés à prescrire de la psilocybine pour traiter des patients souffrant de dépression aiguë.
Sources:
https://www.camh.ca/fr/health-info/mental-illness-and-addiction-index/lsd
https://pulsations.hug.ch/article/soigner-grace-aux-psychedeliques#gsc.tab=0
https://www.lmde.fr/blog/sante-bien-etre/champignons-hallucinogenes/
https://lucydelic.fr/folie-et-psychedelisme/
https://lucydelic.fr/aldous-huxley-120-ans/
https://adf.org.au/drug-facts/psychedelics/?utm_source=chatgpt.com
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mystique